Sommaire
- Comment fonctionne un prediction market ?
- Les prediction markets sont-ils fiables ?
- Quelle réglementation pour les marchés de prédiction : jeu, produit financier ou crypto-actif ?
- Existe-t-il une licence adaptée, valable dans toute l'UE ?
- Le cas Polymarket
- Comment les règles diffèrent-elles d'un pays à l'autre ?
- Quelles vérifications avant de lancer une plateforme ou une activité de market making ?
- Conclusion
- FAQ
Une entreprise peut envisager de lancer une plateforme de prediction markets (ou marché de prédiction) dans l'Union européenne. Mais il n'existe ni licence européenne dédiée, ni régime unique. Tout dépend de chaque contrat proposé et des pays visés.
En pratique, un même contrat peut être analysé comme un pari, comme un produit dérivé ou comme un crypto-actif. Plusieurs autorités nationales ont déjà bloqué ou sanctionné des plateformes non autorisées. Une autorisation obtenue dans un État ne vaut pas automatiquement dans les autres.
Cet article explique comment fonctionne ce type de marché, quelles qualifications juridiques sont possibles et ce que révèle le cas Polymarket. Il présente ensuite les différences entre pays, puis les vérifications à faire avant de lancer un projet. La fiscalité des gains fait l'objet d'un article distinct.
Comment fonctionne un prediction market ?
Un prediction market permet de négocier des positions sur la réalisation d'un événement futur. Le terme est commercial. L'ESMA parle de contrats d'événements (event contracts) : des contrats dont le résultat financier est binaire, avec un gain fixe ou rien, et qui dépendent d'une réponse par oui ou par non.
Exemple de contrat oui/non
Prenons la question : « Le club A remportera-t-il le championnat ? » Le contrat OUI verse 1 € si le club gagne, et rien sinon. Son prix varie entre 0 € et 1 €.
Un participant achète un contrat OUI à 0,40 €. Ce prix peut être interprété comme une probabilité implicite de 40 %, sans constituer nécessairement une estimation fiable de cette probabilité.
Si le club gagne, il reçoit 1 € et gagne 0,60 €. S'il perd, il perd sa mise de 0,40 €.
Il n'a pas à attendre le résultat. Si la blessure du principal rival fait monter le prix à 0,70 €, il peut revendre sa position et réaliser un gain de 0,30 €. À l'inverse, un autre participant peut acheter le contrat NON, qui gagne si le club ne remporte pas le titre.
Qui intervient sur la plateforme ?
- La plateforme fournit l'infrastructure, rédige les règles de chaque marché, organise la rencontre des ordres et perçoit en général des frais.
- Les participants achètent et vendent des contrats, le plus souvent entre eux.
- Les market makers, ou teneurs de marché, sont des professionnels qui affichent en continu des prix d'achat et de vente. Ils assurent la liquidité et prennent parfois l'autre côté des transactions.
- Le mécanisme de résolution constate l'issue de l'événement. Il peut s'agir d'une équipe interne ou d'un service tiers. L'intégrité de ce constat intéresse directement les régulateurs.
La distinction entre ces rôles est déterminante pour identifier les responsabilités de chaque intervenant et le régime juridique applicable.
Les prediction markets sont-ils fiables ?
Le principe est séduisant. Des participants qui risquent de l'argent ont intérêt à révéler leur meilleure estimation, et le prix se lit comme une probabilité. Des travaux académiques montrent que ces marchés ont parfois mieux prévu certaines élections américaines que les sondages. La fiabilité dépend toutefois de la conception du marché et de la qualité de ses règles.
Quels risques l'ESMA a-t-elle identifiés ?
Le 10 septembre 2026, l'ESMA a consacré pour la première fois une section de son rapport sur les tendances et les risques aux prediction markets. Elle y relève notamment :
- Des délits d'initiés : elle juge ces marchés très exposés et cite plusieurs incidents récents, notamment liés à des événements géopolitiques.
- La manipulation des données de règlement : en avril 2026, une manipulation présumée de capteurs météorologiques servant à régler des contrats a conduit Météo-France à déposer plainte.
- Le risque de résolution : une définition ambiguë, une source de données manipulable ou un mécanisme opaque peuvent fausser le résultat, surtout dans les modèles décentralisés.
- Le préjudice pour les particuliers : selon une analyse du *Wall Street Journal*, 67 % des profits de Polymarket iraient à 0,1 % des comptes.
- Les limites du géoblocage : les plateformes n'excluent qu'une partie des États membres, et l'ESMA s'interroge sur l'efficacité de ces restrictions face aux VPN.
Ces constats pèsent sur l'analyse juridique. Le règlement européen sur les abus de marché ne protège que si le contrat entre dans le périmètre financier. Pour un contrat qualifié de pari, ce sont les règles nationales du jeu qui s'appliquent. L'ESMA relève aussi que ces marchés n'ont pas pris d'ampleur dans l'UE, en partie à cause des règles applicables.
Pour une plateforme, ces points se traduisent par une vigilance concrète : règles de résolution précises, sources de données fiables, surveillance des comportements suspects et identification des utilisateurs.
Quelle réglementation pour les marchés de prédiction : jeu, produit financier ou crypto-actif ?
Le droit de l'Union ne connaît pas la catégorie « prediction market ». Dans sa déclaration publique du 3 juillet 2026, l'ESMA rappelle que seule compte la nature du produit, non son nom ni sa présentation commerciale. Le recours à une blockchain ne dispense pas de cette analyse. L'analyse se fait contrat par contrat.
Quand un contrat est-il un jeu d'argent ?
Lorsqu'un participant engage une mise sur l'issue incertaine d'un événement, de nombreuses lois nationales y voient un pari. Les contrats portant sur des résultats sportifs, électoraux ou d'autres événements non financiers sont susceptibles de relever du droit des jeux d'argent, sous réserve des critères retenus par chaque législation nationale. Ces sujets ne correspondent à aucun sous-jacent financier.
Le droit des jeux d'argent de chaque État concerné s'applique alors. Concrètement, cela signifie une licence, des règles de publicité, des obligations de protection des joueurs et, parfois, l'interdiction de certains sujets, comme les élections.
Quand un contrat est-il un instrument financier ?
Selon l'ESMA, un contrat d'événement n'est un instrument financier que si sa question se rattache à l'un des sous-jacents de dérivés prévus par MiFID II (annexe I, section C). Cela vise notamment des variables économiques (taux, indices, inflation et autres statistiques officielles) ou climatiques.
- Un contrat sur « l'inflation publiée dépassera-t-elle 3 % ? » appelle donc cette analyse.
- Un contrat sur le vainqueur d'un match, non.
Si le contrat est un instrument financier, c'est un dérivé. Comme son gain est binaire, il est susceptible d'entrer dans le champ des mesures nationales qui interdisent la vente d'options binaires aux particuliers. Même réservée à des clients professionnels, sa distribution suppose un agrément d'entreprise d'investissement.
Cet agrément vise les services d'investissement fournis à titre professionnel : exploitation d'une plateforme de négociation, réception et exécution d'ordres, négociation pour compte propre ou conseil en investissement.
L'article 2 de MiFID II prévoit toutefois plusieurs exemptions à son champ d'application. Certaines concernent notamment les organismes de placement collectif, les fonds de pension, les banques centrales et les personnes qui négocient pour compte propre, sous réserve de conditions spécifiques. Pour les contrats sur matières premières, quotas d'émission et leurs dérivés, une exemption peut notamment s'appliquer lorsque l'activité de négociation est accessoire à l'activité principale du groupe, sous réserve de respecter les conditions prévues par le texte. En revanche, ces exemptions ne constituent pas une dérogation générale applicable à tous les contrats d'événements.
Il faut donc vérifier non seulement si le contrat constitue un instrument financier, mais aussi si la personne qui le négocie ou le distribue relève d'une exemption.
Deux précisions s'imposent :
- la déclaration de l'ESMA est un texte de supervision, non une loi ;
- les mesures nationales ne sont pas toutes identiques et doivent être lues pays par pays.
Deux questions restent ouvertes :
- Un règlement en stablecoin équivaut-il à un règlement en espèces ?
- La possibilité de revendre avant l'échéance change-t-elle l'analyse d'un produit à gain final binaire ?
L'ESMA ne se prononce pas sur ces deux points.
Quelle place pour MiCA lorsque des crypto-actifs sont utilisés ?
Le recours à une blockchain ou à un stablecoin ne détermine pas, à lui seul, le régime juridique applicable au contrat. Il convient de distinguer la qualification du contrat, celle du crypto-actif utilisé et celle des services éventuellement fournis.
Si le contrat est un instrument financier, MiCA ne s'applique pas à lui, car ces instruments en sont exclus. S'il ne l'est pas, le règlement MiCA peut s'appliquer selon la nature du jeton et les services fournis, par exemple l'exploitation d'une plateforme d'échange de crypto-actifs. L'ESMA précise que le droit des jeux peut s'appliquer en plus.
Un protocole décentralisé n'échappe pas pour autant à l'analyse. La question est de savoir qui contrôle réellement le service, l'interface et les frais.
En mai 2026, la Commission européenne a lancé une consultation sur la révision de MiCA. Elle interroge notamment le traitement des prediction markets fondés sur la blockchain. Il s'agit d'une réflexion, non d'un texte adopté.
Quels éléments du produit font basculer l'analyse ?
| Élément du produit | Pourquoi il compte |
|---|---|
| Sujet du contrat | Sport, politique, culture : qualification au regard du droit national des jeux d'argent. Statistiques économiques, taux, climat : analyse financière possible. |
| Mode de règlement | Espèces, stablecoin ou jeton : effet sur l'analyse MiFID II et MiCA. |
| Qui porte le risque | Plateforme, teneur de marché ou participants entre eux. |
| Organisation du marché | Pari contre l'opérateur, échange entre utilisateurs, carnet d'ordres. |
| Clientèle | Particuliers ou professionnels. |
| Pays visés | Droit des jeux et mesures de blocage de chaque État. |
Existe-t-il une licence adaptée, valable dans toute l'UE ?
Une autorisation obtenue dans un pays vaut-elle dans les autres ?
Pour le droit des jeux, non. Les États membres restent compétents. Ils peuvent restreindre ou interdire certaines offres, à condition de respecter la libre prestation de services (article 56 du TFUE), la proportionnalité et la cohérence de leur politique. Il n'existe pas de reconnaissance mutuelle des licences de jeux.
La Cour de justice l'a rappelé le 16 avril 2026 (affaire C-440/23). Une licence maltaise ne met pas à l'abri d'une interdiction nationale. Les conséquences civiles d'une offre non autorisée, comme la nullité des contrats ou la restitution des mises, relèvent du droit national.
Pour le droit financier, la situation diffère. Une entreprise d'investissement agréée dans un État membre peut en principe offrir ses services dans les autres grâce au passeport européen. Mais ce passeport ne couvre que des instruments financiers, pas les paris. Il n'ouvre pas non plus la clientèle de détail pour des contrats à gain binaire.
MiCA prévoit de son côté un passeport pour les prestataires de services sur crypto-actifs agréés, sans effet sur le droit des jeux.
Existe-t-il un régime dédié aux prediction markets ?
À la date de publication, les régimes nationaux examinés ne révèlent pas de cadre spécifiquement consacré aux prediction markets et permettant leur exploitation de manière générale. Certaines catégories d'agréments existantes peuvent néanmoins être examinées selon les caractéristiques des contrats proposés.
C'est le cas de l'Irlande, qui a ouvert le 1er juillet 2026 des licences de paris à distance et d'intermédiaire de paris. Reste à démontrer que le produit y entre au cas par cas.
Malte a indiqué étudier un cadre spécifique, sans texte adopté à ce stade.
Gibraltar a adopté un règlement dédié, en vigueur depuis le 13 juillet 2026. Mais Gibraltar n'appartient pas à l'Union européenne. Cette autorisation ne vaut pas autorisation dans l'UE.
Le cas Polymarket
Polymarket est la plateforme la plus visée par les autorités. Elle sert d'illustration, mais ses caractéristiques ne permettent pas de généraliser à tous les prediction markets. Elle exploite aussi une offre américaine distincte, soumise au régime des États-Unis. Une qualification américaine n'a aucune valeur en droit européen.
Toutes les mesures prises en Europe ne se valent pas. Il faut distinguer leur nature et leur portée.
| Juridiction | Position administrative et mesure prise | Sanction administrative | État du contentieux et portée |
|---|---|---|---|
| France | L'ANJ considère l'offre de Polymarket comme une offre illégale de jeux d'argent. Le 16 juillet 2026, son président a ordonné aux fournisseurs d'accès à Internet de bloquer le site. | Aucune sanction pécuniaire contre Polymarket n'est établie par la décision de blocage elle-même. | La position exprime l'interprétation de l'autorité. Ce n'est pas une décision de justice. Polymarket a annoncé le 21 août 2026 contester ce blocage en justice ; au 27 octobre 2026, aucune décision n'a été rendue publique. |
| Pays-Bas | La Kansspelautoriteit (KSA) a ordonné à Polymarket de cesser son offre de jeux non autorisée, sous astreinte (somme due pour chaque période pendant laquelle l'ordre n'est pas exécuté) de 420 000 € par semaine, plafonnée à 840 000 €. | Une astreinte de 420 000 € a été encourue, puis mise en recouvrement. Il s'agit d'une mesure administrative coercitive, et non d'une amende pénale. | Le recours administratif de Polymarket a été rejeté par la KSA le 23 juin 2026. Ce rejet n'émane pas d'un tribunal ; un recours juridictionnel demeure possible. |
| Italie | L'ADM a inscrit Polymarket sur sa liste des sites de jeux à bloquer le 22 octobre 2025. Après la levée de cette mesure en décembre 2025, le site a de nouveau été inscrit sur la liste le 10 juillet 2026, entraînant un second blocage effectif à compter du 27 juillet 2026. | Aucune sanction pécuniaire distincte n'est établie par les sources citées ici. | Après un premier contentieux en 2025, Polymarket a renoncé, le 19 août 2026, à sa demande de suspension provisoire du nouveau blocage. Le président du TAR du Latium avait auparavant refusé la suspension en urgence, faute d'extrême urgence. Le retrait de la demande provisoire ne vaut pas jugement sur la légalité du blocage au fond. |
| Espagne | Le 26 mai 2026, la DGOJ a ouvert une procédure de sanction contre Polymarket et ordonné le blocage provisoire du site dans l'attente de son issue. | Une procédure de sanction a été ouverte, mais son ouverture ne signifie pas qu'une sanction définitive a été prononcée. | La procédure administrative porte sur une éventuelle violation de la réglementation des jeux. Aucune décision juridictionnelle sur le fond n'est identifiée. |
| Tchéquie | Le ministère des Finances a inscrit Polymarket sur la liste des offres de jeux en ligne non autorisées en juillet 2026. | Aucune sanction pécuniaire distincte n'est identifiée ici. | Mesure administrative visant une offre précise. Elle peut être contestée. |
| Lituanie | Après enquête, l'Autorité de surveillance des jeux de hasard (LPT) a estimé que l'offre de Polymarket présentait les caractéristiques de jeux de hasard organisés sans licence. Sur la base d'une décision du tribunal administratif régional, elle a ordonné aux fournisseurs d'accès de bloquer le site et aux prestataires de paiement de mettre fin aux transactions avec l'opérateur Adventure One QSS, Inc. | Aucune amende n'est mentionnée dans la source. Les mesures rapportées sont des mesures de blocage et d'interruption des paiements. | La mesure administrative autorise ou valide un blocage. Elle ne fixe pas la qualification de tous les contrats. Une décision juridictionnelle préalable a été rendue. Les sources officielles disponibles ne permettent d'établir ni les motifs détaillés, ni les voies de recours exercées ou disponibles. Elle ne permet donc pas d'affirmer que le contentieux est définitivement clos. |
| Danemark | Le tribunal de Frederiksberg a ordonné le blocage de Polymarket parmi plusieurs sites de jeux non autorisés, le 8 juillet 2026. | Aucune sanction pécuniaire distincte n'est établie ici. | Il s'agit d'une intervention juridictionnelle, à distinguer d'une simple position du régulateur. La décision concerne le blocage et ne tranche pas nécessairement la qualification de tous les contrats de prédiction. |
À ce jour, nous n'avons pas identifié de jugement au fond qui qualifie ces contrats. Le signal pratique est pourtant net. Dans plusieurs pays, une offre comparable non autorisée s'expose à un blocage ou à des sanctions du régulateur.
Selon la presse financière, Polymarket cherche à être traité comme un service financier plutôt que comme un opérateur de jeux. Même si cette qualification était retenue, elle ne garantirait pas l'accès au marché européen. Il faudrait notamment examiner si les contrats concernés entrent dans le champ des mesures nationales d'intervention sur les options binaires, dont l'application dépend de leur définition et des dispositions adoptées par chaque autorité nationale compétente.
Comment les règles diffèrent-elles d'un pays à l'autre ?
Les 27 États n'ont ni les mêmes définitions du pari, ni les mêmes licences. Le tableau ci-dessous reprend quelques pays. Aucun pays examiné n'offre aujourd'hui un cadre clair pour ces produits. Ce tableau ne remplace pas une analyse locale.
| Pays | Restrictions identifiées | Licences existantes en droit | Licences susceptibles de couvrir le produit |
|---|---|---|---|
| Allemagne | Selon la GGL, les paris sur événements non sportifs (politiques, économiques, sociaux) ne sont pas autorisables. | Licences pour les paris sportifs et hippiques. Agrément de la BaFin pour les services d'investissement. | Aucune pour les paris non sportifs, selon la GGL. Voie financière possible pour les contrats économiques. |
| Autriche | Compétence partagée entre l'État fédéral et les Länder. | Régime fédéral de concessions (monopole) pour les jeux de hasard. Autorisations des Länder pour les paris. | Haute-Autriche : autorisation de pari, la définition incluant les événements politiques et culturels. Elle vise un accord de prix entre opérateur et parieur, ce qui peut convenir moins bien à un échange entre utilisateurs. |
| Bulgarie | Aucune mesure identifiée. | Licences de l'agence fiscale par type de jeu, dont paris sur événements aléatoires et paris liés à la connaissance de faits. | Ces deux catégories de paris, selon la structure du produit. |
| Croatie | Régime fermé : droit d'organiser accordé par décision du gouvernement à une société établie en Croatie. | Paris sur les élections expressément interdits (loi de 2009 modifiée). Instruments financiers : qualification au cas par cas selon la structure contractuelle et MiFID II (sous supervision de la HANFA). Options binaires : interdites aux particuliers par la HANFA (avec exceptions), mais cette règle ne suffit pas à elle seule à qualifier un prediction market. | Catégorie « autres événements », mais nombre d'organisateurs fixé par le gouvernement et opérateurs étrangers exclus (texte de 2009). La mesure sur les options binaires ne suffit pas à qualifier un prediction market. |
| Espagne | Procédure de sanction et blocage provisoire à l'encontre de Polymarket et Kalshi (mai 2026). | Le betting exchange (« apuestas cruzadas ») est licite et réglementé par la loi n° 13/2011 du 27 mai 2011 de régulation du jeu. L'activité est conditionnée à deux licences cumulatives délivrées par la DGOJ : une licence générale pour la catégorie « Paris » (Apuestas), d'une durée de 10 ans renouvelable, et une licence singulière pour la modalité « Paris croisés » (Apuestas cruzadas), d'une durée d'un à cinq ans renouvelable. Exploiter un betting exchange sans ces deux titres constitue une infraction très grave au sens du titre VI de la loi, passible d'une amende pouvant atteindre 50 millions d'euros et de la fermeture du service. Exigences : vérification d'identité (KYC), contrôle des mineurs et des interdits de jeu, protection des utilisateurs. | Si un prediction market est qualifié d'activité de jeu, le régime de la loi n° 13/2011 est susceptible de s'appliquer. S'il relève des paris croisés, l'opérateur doit obtenir la licence générale « Apuestas » et la licence singulière correspondante. L'application de ce régime dépend des caractéristiques concrètes de l'offre : aucune licence spécifique aux prediction markets ne peut être présumée. |
Ces positions évoluent vite. Chaque lancement suppose de contrôler l'état du droit pays par pays.
Quelles vérifications avant de lancer une plateforme ou une activité de market making ?
Quatre sujets conditionnent le projet. Chacun peut changer le régime applicable.
Quels contrats sont proposés ?
- Le sujet de chaque marché (sport, politique, économie, climat) et son rattachement éventuel à un sous-jacent financier.
- Le mode de règlement : espèces, stablecoin ou jeton.
- La possibilité de revendre avant l'échéance.
- La façon dont le résultat est constaté, par une équipe interne ou un service tiers.
Un marché sur l'inflation publiée et un marché sur un match n'appellent pas la même analyse, même sur la même interface.
Quels pays et quels clients viser ?
Il faut identifier le droit des jeux de chaque pays ciblé, puis la clientèle visée : particuliers ou professionnels. Le simple accès à un site depuis un pays n'est pas toujours traité comme une offre, mais les autorités regardent le ciblage. Au Danemark, selon les informations disponibles, l'autorité tient compte de la langue, de la devise, des moyens de paiement et du service client. En Irlande, la GRAI a adressé des avertissements aux plateformes qui n'avaient pas restreint l'accès par géolocalisation.
L'ESMA a relevé en septembre 2026 que Polymarket et Kalshi n'excluent qu'une partie des États membres. Elle s'interroge sur l'efficacité de ces restrictions face aux VPN. Le géoblocage ne suffit pas, à lui seul, à exclure tout risque de qualification d'offre destinée au public d'un État membre.
Quels flux de paiement ?
Les flux de paiement sont un point d'application très concret. En Lituanie, l'autorité a obtenu en septembre 2026 des ordres qui visent aussi les prestataires de paiement. Banques et prestataires examinent de plus en plus la qualification des produits de leurs clients.
Si des crypto-actifs ou des stablecoins sont utilisés, l'analyse MiCA s'ajoute. Le règlement européen AMLR, applicable à partir du 10 juillet 2027, doit soumettre notamment les prestataires de services de jeux et de services sur crypto-actifs à des obligations de vigilance contre le blanchiment.
Quelles activités exercez-vous réellement ?
Exploiter la plateforme, exécuter ou transmettre des ordres, négocier pour compte propre, conserver des actifs ou fournir des services sur crypto-actifs sont des activités distinctes. Chacune peut appeler un agrément ou une licence différents.
Que dire du market making ?
Le teneur de marché n'est pas l'exploitant de la plateforme.
L'exploitant organise le marché et fixe les règles. Il est le premier exposé à la question de la licence : jeux, agrément d'investissement ou statut de prestataire crypto, selon les contrats.
Le teneur de marché affiche des prix et prend souvent l'autre côté des transactions. Sa situation dépend de la qualification des contrats :
- Contrats qualifiés d'instruments financiers : la négociation pour compte propre est un service d'investissement, et l'ESMA rappelle que l'agrément de prestataire de services d'investissement est requis quelle que soit la catégorie de clients. L'exemption prévue pour certains acteurs négociant pour compte propre ne profite en principe pas aux teneurs de marché. Les règles contre les abus de marché peuvent aussi s'appliquer.
- Contrats qualifiés de paris : la fourniture de liquidité pour compte propre ne suffit pas, à elle seule, à caractériser une activité d'organisation ou d'offre de paris. La qualification dépend du rôle effectivement exercé par le teneur de marché, notamment de ses relations avec la plateforme, des modalités de fixation des prix et de son éventuelle participation à l'organisation de l'offre. Elle doit être appréciée au regard du droit national applicable.
Dans tous les cas, fournir de la liquidité à une plateforme jugée non autorisée dans un pays ciblé peut créer des difficultés, notamment avec les banques et les prestataires de paiement.
Quelques questions simples permettent de cadrer la situation : qui porte le risque, avec quels clients, sur quels contrats, sur quelle plateforme et dans quels pays.
Conclusion
Les prediction markets ne relèvent d'aucun régime européen unique. Le bon réflexe consiste à qualifier chaque contrat avant de choisir les pays, les clients et les moyens de paiement. Le cadre évolue vite, avec les positions des régulateurs, la consultation sur MiCA et les régimes nationaux en préparation.
FAQ
Les prediction markets sont-ils légaux dans l'Union européenne ?
Il n'existe pas de règle unique. La légalité dépend du contrat proposé et du pays visé. Plusieurs autorités ont toutefois traité des plateformes non autorisées comme des offres illégales. Une analyse préalable est donc indispensable.
Polymarket est-il légal en France et en Europe ?
En France, l'ANJ considère l'offre comme non autorisée et a ordonné le blocage du site le 16 juillet 2026. Dans le reste de l'Europe, plusieurs pays ont aussi bloqué ou sanctionné la plateforme, mais aucune décision européenne unique ne l'interdit. Il s'agit surtout de mesures administratives ou de décisions autorisant un blocage.
Un contrat d'événement est-il une option binaire ?
Pas forcément. Selon l'ESMA, seul un contrat dont la question se rattache à un sous-jacent de dérivés prévu par MiFID II est un instrument financier. Dans ce cas, son gain binaire le rend susceptible d'être couvert par les mesures nationales sur les options binaires, qui interdisent la vente aux particuliers. Un contrat sur un match ou une élection relève plutôt du droit des jeux d'argent.
Les prediction markets sont-ils fiables ?
Leur capacité à prévoir dépend de la conception du marché et de la qualité de ses règles de résolution. Dans son rapport du 10 septembre 2026, l'ESMA signale des risques élevés de délits d'initiés, de manipulation et de litiges sur le règlement des contrats. Une plateforme doit donc encadrer la résolution, surveiller les comportements suspects et identifier ses utilisateurs.
Un market maker doit-il être agréé ?
Cela dépend de la qualification des contrats et de l'activité exercée. Si les contrats sont des instruments financiers, la négociation pour compte propre relève en principe du régime d'agrément de MiFID II. Toutefois, l'article 2 prévoit des exemptions dont le champ est limité : notamment, l'exemption relative à certaines activités accessoires vise les dérivés sur matières premières et les quotas d'émission, sous conditions. Elle ne constitue pas une exemption générale pour les teneurs de marché. Si les contrats relèvent du droit des jeux, les obligations applicables dépendent de la réglementation de chaque pays.
Cet article est une information générale, à jour au 27 octobre 2026. Il ne constitue pas un conseil juridique.